IFY MÉDIA
Mercredi 15 avril 2026
ÉDITORIAL — Haïti : entre initiatives proclamées et vérités cachées
En Haïti, les discours ne manquent pas. Partout, on entend parler d’initiatives, d’organisations, d’associations qui affirment vouloir changer le pays. Les réseaux sociaux en sont remplis. Les conférences, les projets, les programmes se multiplient. À première vue, tout semble indiquer une société en mouvement, une jeunesse engagée, une volonté collective de transformation.
Mais lorsqu’on dépasse les discours pour s’approcher de la réalité, un malaise s’installe.
Très souvent, ces initiatives révèlent un tout autre visage.
Le paradoxe des “acteurs du changement”
Beaucoup d’organisations déclarent vouloir collaborer, unir les forces, construire ensemble. Pourtant, dans la pratique, deux comportements dominent :
Le repli sur soi : dès qu’un partenariat est proposé, certains préfèrent agir seuls, protéger leur espace, leur visibilité, leur influence.
La transformation après reconnaissance : dès qu’une structure obtient un financement, une visibilité ou une certaine légitimité, elle devient moins accessible, moins ouverte, parfois même méconnaissable.
Ce phénomène soulève une question troublante :s’agit-il d’un manque de vision… ou d’une forme d’hypocrisie ?
Une crise de confiance généralisée
Ce constat n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une crise plus large que traverse Haïti, où la méfiance s’est installée à tous les niveaux : politique, économique, institutionnel… et désormais associatif.
Comme on l’observe aussi dans les institutions publiques, notamment à la Police Nationale d’Haïti, la question du leadership et de la cohérence entre discours et actions est centrale.
Des figures comme Michel-Ange Gédéon, Frantz Elbé ou encore Normil Rameau ont été tour à tour critiquées pour un manque de résultats concrets face à l’insécurité. Pendant ce temps, des groupes comme Fantôme 509 ont illustré une perte de contrôle interne.
Dans ce climat, la population, désabusée, se tourne parfois vers des figures plus radicales comme Jean Ernst Muscadin, perçu par certains comme un homme d’action.
Mais ce réflexe révèle surtout une chose :
lorsque les structures échouent, la confiance se déplace vers les individus.
Et aujourd’hui, ce même phénomène semble se reproduire dans le monde des initiatives et des organisations.
Beaucoup d’initiatives… peu d’impact
Le problème n’est pas le manque d’idées. Haïti regorge de projets, de talents, de volontés.
Le problème, c’est :le manque de coordination,
la compétition excessive pour les ressources,la personnalisation des projets,l’absence de transparence.Résultat : des dizaines, voire des centaines d’initiatives coexistent… sans produire d’impact structurant.
Dans certains cas, les projets deviennent des vitrines plutôt que des solutions. On parle de changement, mais les résultats restent invisibles ou limités.
Identifier les vrais bâtisseurs
Face à cette réalité, une nécessité s’impose :
faire le tri.
Il devient urgent d’identifier les véritables initiateurs :ceux qui sont ouverts à la collaboration,ceux qui sont prêts à partager les ressources et les idées,ceux qui privilégient les résultats plutôt que la reconnaissance,ceux qui restent constants, avec ou sans financement.
Ce sont ces profils qui peuvent créer un effet de levier réel.
Car le changement ne viendra pas d’une multitude d’initiatives isolées, mais d’un noyau d’acteurs sincères, capables de travailler ensemble avec discipline et vision.
Une responsabilité collective
Il serait facile de pointer du doigt uniquement les organisations. Mais la responsabilité est aussi collective.La société haïtienne valorise encore trop souvent :la visibilité au détriment de l’impact,le leadership individuel au détriment du travail d’équipe,le court terme au détriment de la construction durable
Tant que ces logiques dominent, les mêmes résultats — ou plutôt l’absence de résultats — se répéteront.
Conclusion : du discours à la preuve
Haïti n’a plus besoin de promesses. Elle a besoin de preuves.Le temps est venu de dépasser les déclarations d’intention pour entrer dans une logique de résultats mesurables, de collaboration réelle et de transparence.
La vraie question n’est plus :
“Qui veut changer le pays ?”
Mais plutôt :“Qui est prêt à travailler avec les autres pour obtenir des résultats concrets, visibles et durables ?”
C’est en répondant honnêtement à cette question que les véritables acteurs du changement émergeront.
Et peut-être, enfin, que les résultats commenceront à se voir.
Dupiton André Fritz

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