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Venezuela : deuil national et critiques après le double séisme meurtrier

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La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a instauré mercredi 1er juillet une période de deuil national de sept jours en hommage aux victimes du double tremblement de terre qui a ravagé la côte septentrionale du Venezuela. D’après le dernier bilan officiel, près de 2 300 personnes ont péri depuis le séisme du jeudi 24 juillet.

Dès mercredi soir, les pavillons ont été mis en berne sur l’ensemble du territoire. Les stations de radio diffusent également un message enregistré de Delcy Rodríguez, dans lequel elle promet une mobilisation rapide des pouvoirs publics pour venir en aide aux populations affectées. Toutefois, cet appel est accueilli avec un vif scepticisme par une large frange de la population, comme le rapporte notre envoyée spéciale à Caracas, Mélissa Barra. Si ce deuil national ambitionne de fédérer le pays autour d’un élan de solidarité et de résilience, au-delà des fractures politiques, de nombreux citoyens y voient une tentative de détourner l’attention des graves carences de l’exécutif.

Depuis la catastrophe, les autorités ont été submergées par l’urgence, se révélant incapables de coordonner efficacement les opérations de sauvetage ou de proposer des solutions d’hébergement adaptées. La question du relogement suscite d’ailleurs les critiques les plus vives. Cinquante centres d’accueil ont été ouverts, mais leurs capacités demeurent très inférieures aux besoins, puisqu’ils ne peuvent héberger que 12 000 déplacés, bien loin du nombre réel de sinistrés. Des familles entières passent leurs nuits dans des parcs ou sur des ronds-points, sous des tentes précaires, exposées aux intempéries. Lundi, une violente tempête a d’ailleurs frappé la région, aggravant encore leur détresse.

Delcy Rodríguez a annoncé la mise en place d’une commission présidentielle chargée d’accélérer la réhabilitation, puis la reconstruction des logements endommagés. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Un photographe présent sur place a confié à RFI que certaines zones reculées de La Guaira, à l’intérieur des terres, n’ont toujours pas été visitées par les équipes de secours. Alors que le gouvernement promet de « passer à la vitesse supérieure », les habitants restent perplexes, d’autant que l’essentiel de l’aide humanitaire provient actuellement de la solidarité internationale et des organisations non gouvernementales.

Dans ce climat de confusion générale, les forces de l’ordre sont régulièrement mises en cause. Une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux montre quatre policiers pris à partie par des rescapés : au lieu de participer aux recherches, ils auraient profité de l’anarchie pour dérober de l’argent dans les décombres. Une autre séquence dévoile des soldats allongés sur un tas de vêtements destinés aux victimes, certains s’appropriant des dons tandis que d’autres discutent, insensibles à l’urgence. Bien qu’il soit difficile de déterminer si ces agissements sont généralisés, les quatre policiers ont été arrêtés, révoqués et déférés devant la justice pour vol.

Par ailleurs, des dizaines de milliers de personnes sont toujours portées disparues. L’armée américaine a déployé environ 2 000 militaires au Venezuela, engagés dans des opérations aériennes, terrestres et maritimes pour soutenir les recherches, la logistique et la reconstruction. Les États-Unis ont alloué 300 millions de dollars à cet effort, acheminés via des ONG et des agences des Nations unies.

L’ampleur des destructions est colossale. Les deux secousses, de magnitudes 7,2 et 7,5, ont fait au moins 2 295 morts et plus de 11 000 blessés, selon un bilan provisoire. La Nasa estime, à partir d’images satellitaires, que près de 58 870 bâtiments ont été endommagés ou entièrement détruits.

L’Organisation mondiale de la santé craint également une flambée épidémiologique, en raison de la dégradation des réseaux d’eau, d’assainissement et des services de santé, ainsi que des mouvements de population. Des maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole, la diphtérie ou la coqueluche, pourraient resurgir, a averti le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, soulignant l’urgence d’un dispositif de suivi sanitaire renforcé.

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