Ce jeudi, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé des mesures destinées à améliorer les conditions de vie de certains secteurs clés de la fonction publique. Parmi celles-ci figurent le doublement des montants alloués aux cartes de débit des policiers et une revalorisation salariale pour les employés civils. Toutefois, ces initiatives, bien qu’elles semblent répondre à des préoccupations urgentes, étaient déjà inscrites dans les prévisions budgétaires pour l’exercice fiscal 2024-2025, laissant planer des doutes sur leur réelle portée en termes de nouveauté.

Dans ce même budget, une allocation de 65 millions de gourdes a été octroyée au Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN). Cependant, ce dernier, dépourvu de bureau fonctionnel, tient l’ensemble de ses réunions à la Primature, ce qui soulève des interrogations sur l’utilité de cette somme conséquente. De nombreux observateurs se demandent pourquoi une telle enveloppe budgétaire est attribuée à une institution qui n’a pas de structure opérationnelle propre, alors que la Police Nationale d’Haïti (PNH) fait face à des défis majeurs.
En effet, l’insécurité croissante dans le pays appelle des moyens considérables pour renforcer les capacités des forces de l’ordre. Entre l’absence d’équipements adéquats, le manque de ressources humaines formées et le besoin urgent d’améliorer les renseignements sur le terrain, les faiblesses de la PNH sont criantes. Les critiques ne se limitent pas à ces lacunes. Il est également reproché au gouvernement de détourner les fonds destinés à des opérations stratégiques, notamment dans le domaine du renseignement, pour des utilisations à des fins personnelles, compromettant ainsi l’efficacité des actions de lutte contre la criminalité.
Face à ces défis, plusieurs voix s’élèvent pour inviter le chef du gouvernement à réorienter les priorités budgétaires. Il est jugé impératif de doter la police de moyens accrus et de garantir une utilisation transparente et rigoureuse des fonds publics. Des experts insistent sur la nécessité de revoir à la hausse les investissements dans le renseignement, les équipements modernes, et la formation des agents sur le terrain, afin de restaurer un climat de sécurité indispensable au redressement socio-économique du pays.
En fin de compte, l’attribution de fonds importants à des entités comme le CSPN, sans justification apparente de leur utilité immédiate, reflète une gestion budgétaire que beaucoup qualifient d’inefficace. Une redistribution plus judicieuse des ressources pourrait contribuer à répondre aux attentes des citoyens, fatigués de vivre dans un environnement marqué par la peur et l’incertitude. Le gouvernement se doit de placer la sécurité publique au centre de ses priorités et de cesser de détourner les regards par des annonces qui, bien que louables en apparence, manquent de consistance pour répondre aux véritables besoins du moment.