En Haïti, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est exprimé publiquement ce jeudi 12 décembre 2024, pour la première fois depuis sa nomination le mois dernier. Lors de cette conférence de presse, il a détaillé les grands axes de son mandat, mettant l’accent sur trois priorités majeures : la restauration de la sécurité, la relance économique et l’organisation d’élections.

La question de la sécurité a dominé les discussions, sur fond d’une escalade dramatique de la violence causée par les bandes armées. « Il est inconcevable que des innocents soient la cible d’individus mal intentionnés », a-t-il déclaré, en rendant hommage aux victimes des récents drames. À Wharf Jérémie, les violences ont coûté la vie à 184 personnes, tandis qu’à Petite-Rivière, une vingtaine d’individus ont été tués. Le Premier ministre a adressé ses condoléances aux familles affectées et réaffirmé son engagement à combattre l’insécurité de manière résolue.
Cependant, malgré ces déclarations, des témoignages recueillis par le média Ayibopost révèlent qu’un autre massacre aurait eu lieu mardi et mercredi dans le même quartier de Wharf Jérémie, faisant une cinquantaine de morts supplémentaires.
Bien qu’aucune stratégie sécuritaire détaillée n’ait été présentée lors de son discours, Alix Didier Fils-Aimé a salué les efforts de la police nationale, qualifiant les agents de « véritables héros du quotidien ». Il a annoncé des mesures visant à améliorer leurs conditions de travail, notamment le doublement de la carte de débit accordée aux agents ainsi que des augmentations salariales pour les employés civils de l’institution policière. Toutefois, d’après Radio Télé Métronome, ces ajustements figuraient déjà dans le budget national de 2024-2025, ce qui a suscité des interrogations sur leur véritable nouveauté.
Dans le cadre de son intervention, le chef du gouvernement a également exprimé sa gratitude envers les forces internationales présentes en Haïti, en particulier les policiers kényans déployés dans le cadre de la Mission Multinationale d’Assistance à la Sécurité (MMAS). Lors d’une visite dans une base de cette mission, il a rappelé l’importance de ce soutien international face à la menace croissante des groupes armés. Cependant, la MMAS reste encore loin d’atteindre l’objectif des 2 500 policiers promis pour renforcer les capacités locales.
Outre la sécurité, Alix Didier Fils-Aimé a évoqué la nécessité de revitaliser l’économie nationale, gravement affectée par les crises successives. Il a promis d’introduire des mesures destinées à stimuler la production locale, attirer des investissements étrangers et créer des opportunités d’emploi.
Enfin, sur le volet politique, il a insisté sur l’urgence de rétablir les institutions démocratiques à travers des élections transparentes et inclusives. Ces élections, qui restent un défi logistique et sécuritaire de taille, sont considérées comme un pas essentiel vers la stabilisation politique du pays.
Le Premier ministre s’est dit conscient des attentes élevées de la population et a exhorté les citoyens à lui accorder leur confiance. Néanmoins, les Haïtiens restent sceptiques, après des années de promesses non tenues et de gouvernements incapables de répondre efficacement aux crises multiples du pays.
Dans un climat marqué par l’insécurité, des défis économiques énormes et une instabilité politique chronique, les paroles du chef du gouvernement devront rapidement se traduire en actions concrètes pour regagner la confiance d’une population à bout de souffle.