La situation en Haïti est aujourd’hui d’une gravité alarmante. Une spirale de violence causée par les gangs et une crise humanitaire sans précédent ont poussé des centaines de milliers de personnes à fuir leur domicile. Parmi ces déplacés, plus de la moitié sont des enfants, livrés à eux-mêmes dans un environnement marqué par l’insécurité et l’absence totale de services de base. Environ 700 000 personnes sont concernées par ces déplacements forcés, principalement dans la capitale Port-au-Prince, où les gangs criminels règnent en maître, contrôlant environ 80 % de la ville. Ces enfants, privés de nourriture, de soins et d’éducation, se retrouvent dans une situation désespérée qui les rend vulnérables aux recrutements forcés des groupes criminels.

Les gangs utilisent ces enfants pour renforcer leurs rangs, avec des conséquences désastreuses. Human Rights Watch (HRW) a récemment révélé que 30 % des membres de ces groupes armés sont des mineurs, un chiffre en constante augmentation. Les rapports indiquent que les gangs recrutent de plus en plus d’enfants pour se préparer à des confrontations avec les forces de sécurité haïtiennes et la mission de soutien des Nations unies, déployée l’année dernière pour tenter de rétablir l’ordre dans le pays.
Pour ces jeunes, rejoindre un gang n’est souvent pas un choix, mais une nécessité. Ils sont contraints par des conditions de vie insoutenables. La faim, en particulier, est un facteur déterminant. Nombreux sont ceux qui errent dans les rues, privés de toute forme de soutien de l’État. Ces enfants n’ont pas accès à l’alimentation, à la santé, ou même à un abri décent. Dans ces conditions, rejoindre un gang devient pour eux l’unique moyen d’assurer leur survie. Les groupes criminels offrent non seulement de la nourriture, mais aussi un refuge, même si cela signifie plonger dans un cycle de violence et d’activités illégales.
Selon les témoignages recueillis par HRW, la faim est le principal motif qui pousse les jeunes à s’engager dans ces groupes. L’insécurité alimentaire sévère est omniprésente dans les quartiers sous le contrôle des gangs, où l’État haïtien est totalement absent. Ces enfants sont laissés pour compte, abandonnés dans un environnement où ils n’ont aucune chance de s’en sortir autrement.
Le rapport de l’ONU publié en septembre 2024, couvrant la période de janvier à juin, dresse un tableau encore plus sombre. En six mois, au moins 3 661 personnes ont été tuées à travers le pays. Les violences sexuelles sont également en hausse, avec des viols collectifs, y compris sur des enfants de moins de cinq ans, marquant une nouvelle étape dans l’horreur que vivent les familles haïtiennes.
Cette crise humanitaire et sécuritaire est particulièrement difficile pour les enfants, qui sont les premières victimes de cette guerre non déclarée. Ils sont non seulement recrutés de force par les gangs, mais sont aussi exposés à des violences physiques et psychologiques insoutenables. Sans soutien urgent de la communauté internationale et des autorités locales, ces enfants risquent de grandir dans un monde où la violence est la seule règle, entraînant une génération entière dans un cycle de pauvreté, de criminalité et de désespoir.
Le tableau dressé par la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour la lutte contre la violence à l’égard des enfants, Najat Maalla M’jid, est glaçant. Elle souligne que les crises à travers le monde, qu’il s’agisse de guerres, de migrations forcées ou encore de maladies mentales, affectent de manière disproportionnée les enfants. En Haïti, cette réalité est encore plus cruelle, car l’avenir même de ces jeunes semble compromis, pris au piège d’une situation qui échappe à tout contrôle.
Ainsi, la crise haïtienne nécessite une intervention rapide et soutenue. La communauté internationale doit prendre conscience de l’urgence et agir pour protéger ces enfants vulnérables, en renforçant les initiatives visant à améliorer l’accès à la nourriture, à l’éducation et à la santé dans les zones les plus touchées. Faute de quoi, Haïti continuera de sombrer dans un abîme de violence, emportant avec elle l’avenir de ses jeunes générations.